Textes sacrés · Taoïsme

Tao-tö-king (Tao Te King) : 58 citations de Lao-tseu

Le Tao-tö-king (ou Tao Te King, « livre de la voie et de la vertu ») est un court texte chinois de 81 chapitres, attribué par la tradition à Lao-tseu, un sage du VIe siècle avant notre ère ; les historiens situent plutôt sa forme écrite quelques siècles plus tard. Il est, avec le Tchouang-tseu, le texte fondateur du taoïsme. Cette page en réunit des passages, chacun avec son numéro de chapitre.

Le français cite la traduction de Stanislas Julien, Le Livre de la voie et de la vertu, parue en 1842 à l’Imprimerie royale. L’anglais cite celle de James Legge (Sacred Books of the East, 1891). Les deux sont dans le domaine public et chaque passage a été vérifié mot pour mot ; pour Julien, la transcription en ligne a été contrôlée sur les pages imprimées de 1842. Les mots entre parenthèses sont des ajouts du traducteur. Pour poursuivre, va voir les citations de Tchouang-tseu ou les citations de Bouddha.

Le Tao qu’on ne peut pas nommer

Le livre s’ouvre sur une mise en garde : « La voie qui peut être exprimée par la parole n’est pas la Voie éternelle ; le nom qui peut être nommé n’est pas le Nom éternel. » (chapitre 1). Les passages de ce groupe tournent autour de ce principe sans le définir : antérieur au ciel et à la terre, il produit les êtres sans se les approprier, et son utilité tient parfois à son vide, comme le moyeu d’une roue.

  • La voie qui peut être exprimée par la parole n’est pas la Voie éternelle ; le nom qui peut être nommé n’est pas le Nom éternel.

    Tao Te King 1 trad. Julien, 1842
  • Il est un être confus qui existait avant le ciel et la terre. Ô qu’il est calme ! Ô qu’il est immatériel ! Il subsiste seul et ne change point. Il circule partout et ne périclite point. Il peut être regardé comme la mère de l’univers.

    Tao Te King 25 trad. Julien, 1842
  • L’homme imite la terre ; la terre imite le ciel, le ciel imite le Tao ; le Tao imite sa nature.

    Tao Te King 25 (2) trad. Julien, 1842
  • Le Tao est répandu dans l’univers. (Tous les êtres retournent à lui) comme les rivières et les ruisseaux des montagnes retournent aux fleuves et aux mers.

    Tao Te King 32 trad. Julien, 1842
  • Le Tao pratique constamment le non-agir et (pourtant) il n’y a rien qu’il ne fasse.

    Tao Te King 37 trad. Julien, 1842
  • Il produit les êtres et les nourrit. Il les produit et ne les regarde pas comme sa propriété. Il leur fait du bien et ne compte pas sur eux. Il règne sur eux et ne les traite pas en maître. C’est ce qu’on appelle posséder une vertu profonde.

    Tao Te King 10 (2) trad. Julien, 1842
  • Sans sortir de ma maison, je connais l’univers ; sans regarder par ma fenêtre, Je découvre les voies du ciel. Plus l’on s’éloigne et moins l’on apprend.

    Tao Te King 47 trad. Julien, 1842
  • Alors tous les êtres se mettent en mouvement, et il ne leur refuse rien. Il les produit et ne se les approprie pas. Il les perfectionne et ne compte pas sur eux. Ses mérites étant accomplis, il ne s’y attache pas. Il ne s’attache pas à ses mérites ; c’est pourquoi ils ne le quittent point.

    Tao Te King 2 (3) trad. Julien, 1842
  • C’est pourquoi l’être et le non-être naissent l’un de l’autre. Le difficile et le facile se produisent mutuellement. Le long et le court se donnent mutuellement leur forme. Le haut et le bas montrent mutuellement leur inégalité. Les tons et la voix s’accordent mutuellement. L’antériorité et la postériorité sont la conséquence l’une de l’autre.

    Tao Te King 2 trad. Julien, 1842
  • Trente rais se réunissent autour d’un moyeu. C’est de son vide que dépend l’usage du char. On pétrit de la terre glaise pour faire des vases. C’est de son vide que dépend l’usage des vases. On perce des portes et des fenêtres pour faire une maison. C’est de leur vide que dépend l’usage de la maison. C’est pourquoi l’utilité vient de l’être, l’usage naît du non-être.

    Tao Te King 11 trad. Julien, 1842

L’eau, la douceur et la souplesse

L’eau est l’image préférée du Tao-tö-king : elle fait du bien à tous les êtres sans lutter, occupe les lieux bas que les hommes dédaignent, et pourtant use ce qui est dur. De là une sagesse de la souplesse : « Ce qui est mou triomphe de ce qui est dur ; ce qui est faible triomphe de ce qui est fort. » (chapitre 36)

  • L’homme d’une vertu supérieure est comme l’eau. L’eau excelle à faire du bien aux êtres et ne lutte point. Elle habite les lieux que déteste la foule. C’est pourquoi (le sage) approche du Tao.

    Tao Te King 8 trad. Julien, 1842
  • Il ne lutte contre personne ; c’est pourquoi il ne reçoit aucune marque de blâme.

    Tao Te King 8 (3) trad. Julien, 1842
  • Ce qui est mou triomphe de ce qui est dur ; ce qui est faible triomphe de ce qui est fort.

    Tao Te King 36 trad. Julien, 1842
  • Les choses les plus molles du monde subjuguent les choses les plus dures du monde. Le non-être traverse les choses impénétrables. C’est par là que je sais que le non-agir est utile.

    Tao Te King 43 trad. Julien, 1842
  • Quand l’homme vient au monde, il est souple et faible ; quand il meurt, il est roide et fort. Quand les arbres et les plantes naissent, ils sont souples et tendres ; quand ils meurent, ils sont secs et arides. La roideur et la force sont les compagnes de la mort ; la souplesse et la faiblesse sont les compagnes de la vie.

    Tao Te King 76 trad. Julien, 1842
  • Parmi toutes les choses du monde, il n’en est point de plus molle et de plus faible que l’eau, et cependant, pour briser ce qui est dur et fort, rien ne peut l’emporter sur elle. Pour cela rien ne peut remplacer l’eau.

    Tao Te King 78 trad. Julien, 1842
  • Pourquoi les fleuves et les mers peuvent-ils être les rois de toutes les eaux ? Parce qu’ils savent se tenir au-dessous d’elles. C’est pour cela qu’ils peuvent être les rois de toutes les eaux.

    Tao Te King 66 trad. Julien, 1842
  • Celui qui voit les choses les plus subtiles s’appelle éclairé ; celui qui conserve la faiblesse s’appelle fort.

    Tao Te King 52 trad. Julien, 1842
  • Le grave est la racine du léger ; le calme est le maître du mouvement.

    Tao Te King 26 trad. Julien, 1842
  • Le mouvement triomphe du froid ; le repos triomphe de la chaleur. Celui qui est pur et tranquille devient le modèle de l’univers.

    Tao Te King 45 trad. Julien, 1842

Agir sans agir : le non-agir (wou-wei)

Le non-agir n’est pas la paresse : c’est agir sans forcer, au bon moment, en suivant la pente des choses. Le chapitre 64 en donne la version la plus citée, celle des grandes choses qui commencent petites : « un voyage de mille lis a commencé par un pas ».

  • De là vient que le saint homme fait son occupation du non-agir. Il fait consister ses instructions dans le silence.

    Tao Te King 2 (2) trad. Julien, 1842
  • Celui qui se livre au Tao diminue chaque jour (ses passions). Il les diminue et les diminue sans cesse jusqu’à ce qu’il soit arrivé au non-agir. Dès qu’il pratique le non-agir, il n’y a rien qui lui soit impossible.

    Tao Te King 48 trad. Julien, 1842
  • (Le sage) pratique le non-agir, il s’occupe de la non-occupation, et savoure ce qui est sans saveur. Les choses grandes ou petites, nombreuses ou rares, (sont égales à ses yeux). Il venge ses injures par des bienfaits.

    Tao Te King 63 trad. Julien, 1842
  • Il commence par des choses aisées, lorsqu’il en médite de difficiles ; par de petites choses, lorsqu’il en projette de grandes. Les choses les plus difficiles du monde ont nécessairement commencé par être aisées. Les choses les plus grandes du monde ont nécessairement commencé par être petites.

    Tao Te King 63 (2) trad. Julien, 1842
  • Un arbre d’une grande circonférence est né d’une racine aussi déliée qu’un cheveu ; une tour de neuf étages est sortie d’une poignée de terre ; un voyage de mille lis a commencé par un pas !

    Tao Te King 64 trad. Julien, 1842
  • Lorsque le peuple fait une chose, il échoue toujours au moment de réussir. Soyez attentif à la fin comme au commencement, et alors vous n’échouerez jamais.

    Tao Te King 64 (2) trad. Julien, 1842
  • De là vient que le Saint n’agit pas, c’est pourquoi il n’échoue point. Il ne s’attache à rien, c’est pourquoi il ne perd point.

    Tao Te King 64 (3) trad. Julien, 1842
  • Il n’ose pas agir afin d’aider tous les êtres à suivre leur nature.

    Tao Te King 64 (4) trad. Julien, 1842
  • Telle est la voie (la conduite) du ciel. Il ne lutte point, et il sait remporter la victoire. Il ne parle point, et (les êtres) savent lui obéir. Il ne les appelle pas, et ils accourent d’eux-mêmes. Il paraît lent, et il sait former des plans habiles.

    Tao Te King 73 trad. Julien, 1842
  • Telle est la voie du ciel, qu’il est utile aux êtres et ne leur nuit point. Telle est la voie du Saint, qu’il agit et ne dispute point.

    Tao Te King 81 (2) trad. Julien, 1842
  • Qui est-ce qui sait apaiser peu à peu le trouble (de son cœur) en le laissant reposer ? Qui est-ce qui sait naître peu à peu (à la vie spirituelle) par un calme prolongé ?

    Tao Te King 15 trad. Julien, 1842

Humilité et effacement du sage

Le sage du Tao-tö-king se met après les autres et se retrouve devant, ne se met pas en lumière et pourtant brille. Ces passages décrivent une humilité active : se retirer une fois l’œuvre accomplie (chapitre 9), ne pas se dresser sur la pointe des pieds pour paraître plus grand (chapitre 24).

  • Il émousse sa subtilité, il se dégage de tous liens, il tempère sa splendeur, il s’assimile à la poussière. Ô qu’il est pur ! Il semble subsister éternellement.

    Tao Te King 4 trad. Julien, 1842
  • Le ciel et la terre ont une durée éternelle. S’ils peuvent avoir une durée éternelle, c’est parce qu’ils ne vivent pas pour eux seuls. C’est pourquoi ils peuvent avoir une durée éternelle.

    Tao Te King 7 trad. Julien, 1842
  • De là vient que le saint homme se met après les autres, et il devient le premier. Il se dégage de son corps, et son corps se conserve.

    Tao Te King 7 (2) trad. Julien, 1842
  • Lorsqu’on a fait de grandes choses et obtenu de la réputation, il faut se retirer à l’écart. Telle est la voie du ciel.

    Tao Te King 9 (2) trad. Julien, 1842
  • Celui qui conserve ce Tao ne désire pas d’être plein. Il n’est pas plein (de lui-même), c’est pourquoi il garde ses défauts (apparents), et ne désire pas (d’être jugé) parfait.

    Tao Te King 15 (2) trad. Julien, 1842
  • Ce qui est incomplet devient entier. Ce qui est courbé devient droit. Ce qui est creux devient plein. Ce qui est usé devient neuf. Avec peu (de désirs) on acquiert le Tao ; avec beaucoup (de désirs) on s’égare.

    Tao Te King 22 trad. Julien, 1842
  • Il ne se met pas en lumière, c’est pourquoi il brille. Il ne s’approuve point, c’est pourquoi il jette de l’éclat. Il ne se vante point, c’est pourquoi il a du mérite. Il ne se glorifie point, c’est pourquoi il est le supérieur des autres. Il ne lutte point, c’est pourquoi il n’y a personne dans l’empire qui puisse lutter contre lui.

    Tao Te King 22 (2) trad. Julien, 1842
  • Celui qui se dresse sur ses pieds ne peut se tenir droit ; celui qui étend les jambes ne peut marcher.

    Tao Te King 24 trad. Julien, 1842
  • De là vient que, jusqu’à la fin de sa vie, le saint homme ne s’estime pas grand. C’est pourquoi il peut accomplir de grandes choses.

    Tao Te King 34 trad. Julien, 1842
  • Il est inaccessible à la faveur comme à la disgrâce, au profit comme au détriment, aux honneurs comme à l’ignominie. C’est pourquoi il est l’homme le plus honorable de l’univers.

    Tao Te King 56 trad. Julien, 1842
  • C’est pourquoi le Saint est juste et ne blesse pas (le peuple). Il est désintéressé et ne lui fait pas de tort. Il est droit et ne le redresse pas. Il est éclairé et ne l’éblouit pas.

    Tao Te King 58 (2) trad. Julien, 1842
  • De là vient que le Saint se revêt d’habits grossiers et cache des pierres précieuses dans son sein.

    Tao Te King 70 trad. Julien, 1842
  • De là vient que le Saint se connaît lui-même et ne se met point en lumière ; il se ménage et ne se prise point.

    Tao Te King 72 trad. Julien, 1842

Se connaître et savoir se contenter

Le chapitre 33 rassemble plusieurs maximes en quelques lignes : connaître les autres, se connaître soi-même, se vaincre, savoir se suffire. Autour de lui, des passages sur la modération, le bonheur et le malheur qui naissent l’un de l’autre, et les trois trésors du chapitre 67.

  • Il vaut mieux ne pas remplir un vase que de vouloir le maintenir (lorsqu’il est plein). Si l’on aiguise une lame, bien qu’on l’explore avec la main, on ne pourra la conserver constamment (tranchante).

    Tao Te King 9 trad. Julien, 1842
  • De là vient que le saint homme supprime les excès, le luxe et la magnificence.

    Tao Te King 29 trad. Julien, 1842
  • Celui qui connaît les hommes est prudent. Celui qui se connaît lui-même est éclairé.

    Tao Te King 33 trad. Julien, 1842
  • Celui qui dompte les hommes est puissant. Celui qui se dompte lui-même est fort.

    Tao Te King 33 (2) trad. Julien, 1842
  • Celui qui sait se suffire est assez riche.

    Tao Te King 33 (3) trad. Julien, 1842
  • Celui qui sait se suffire est toujours content de son sort.

    Tao Te King 46 trad. Julien, 1842
  • Le bonheur naît du malheur, le malheur est caché au sein du bonheur. Qui peut en prévoir la fin ?

    Tao Te King 58 trad. Julien, 1842
  • Pour gouverner les hommes et servir le ciel, rien n’est comparable à la modération.

    Tao Te King 59 trad. Julien, 1842
  • Je possède trois choses précieuses : je les tiens et les conserve comme un trésor. La première s’appelle l’affection ; la seconde s’appelle l’économie ; la troisième s’appelle l’humilité, qui m’empêche de vouloir être le premier de l’empire.

    Tao Te King 67 trad. Julien, 1842
  • Quand le ciel veut sauver un homme, il lui donne l’affection pour le protéger.

    Tao Te King 67 (2) trad. Julien, 1842
  • Savoir et (croire qu’on) ne sait pas, c’est le comble du mérite.

    Tao Te King 71 trad. Julien, 1842
  • Il savourerait sa nourriture, il trouverait de l’élégance dans ses vêtements, il se plairait dans sa demeure, il aimerait ses simples usages.

    Tao Te King 80 trad. Julien, 1842
  • Les paroles sincères ne sont pas élégantes ; les paroles élégantes ne sont pas sincères.

    Tao Te King 81 trad. Julien, 1842
  • Celui qui est vertueux, il le traite comme un homme vertueux ; celui qui n’est pas vertueux, il le traite aussi comme un homme vertueux. C’est là le comble de la vertu.

    Tao Te King 49 trad. Julien, 1842

Comment lire le Tao-tö-king

Le Tao-tö-king se lit lentement : un chapitre entier tient souvent en une dizaine de lignes, et chaque phrase supporte plusieurs lectures. Choisis un passage, garde-le quelques jours et regarde où il te mène. Les images, l’eau, le moyeu de la roue, l’arc qu’on bande, parlent souvent mieux que les maximes.

Compare aussi les traductions : Julien écrit « saint homme » là où Legge écrit « sage », et le même chapitre peut sembler très différent d’une langue à l’autre. Les parenthèses de Julien et de Legge signalent ce qu’ils ont ajouté pour rendre le chinois, très elliptique, lisible.

Dans l’application Selfia, la voie Taoïsme (Réglages › Spiritualité) ajoute des passages taoïstes dans une section à part, avec le texte chinois quand il est disponible.

Questions fréquentes

Que veut dire Tao-tö-king ?

Le titre associe trois mots chinois : tao, la voie, tö (ou te), la vertu au sens de puissance ou d’efficacité, et king, le livre classique. Stanislas Julien l’a traduit par « Le Livre de la voie et de la vertu ». On écrit aussi Tao Te King, Tao Te Ching ou Daodejing, selon le système de transcription du chinois.

Lao-tseu a-t-il vraiment écrit le Tao-tö-king ?

La tradition chinoise attribue le livre à Lao-tseu, archiviste de la cour des Zhou et aîné de Confucius. Mais on sait très peu de choses sûres sur lui, et les historiens pensent que le texte a pris sa forme écrite plus tard, peut-être en plusieurs étapes. Le livre lui-même ne contient presque aucune indication biographique.

Qu’est-ce que le non-agir ?

Le non-agir (wou-wei, ou wu wei) est l’une des notions centrales du Tao-tö-king. Il ne s’agit pas de ne rien faire, mais d’agir sans forcer, sans intention de s’approprier le résultat, en accompagnant le mouvement naturel des choses. Le chapitre 37 l’exprime en paradoxe : le Tao ne fait rien, et pourtant rien ne se fait sans lui.