Textes sacrés · Bouddhisme

29 citations de Bouddha sur la colère, la haine et la parole

La colère tient une place à part dans l’enseignement attribué au Bouddha : le Dhammapada en parle dès ses premiers versets, et lui consacre tout un chapitre, le dix-septième. L’idée centrale tient en un verset, que Fernand Hû traduit ainsi : « « Ce qui fait cesser ici-bas les haines, ce n’est aucunement la haine, mais bien l’absence de haine. » — Voilà un axiome vieux comme le monde. » (Dhp 5)

Cette page réunit les versets du Dhammapada et quelques passages des suttas sur la haine, la colère, la non-violence et la parole juste. Le français cite Fernand Hû (1878) et les traductions de Christelle Ah-Mouck publiées sous licence CC0 par SuttaCentral ; l’anglais cite Max Müller (1881) et Bhikkhu Sujato, avec quelques passages du Sutta Nipāta et de l’Udāna sans traduction française libre. Chaque texte a été vérifié mot pour mot. Pour la colère dans les relations du quotidien, tu peux aussi lire les affirmations sur les relations et les limites, ou revenir aux citations de Bouddha.

La haine ne s’éteint pas par la haine

Les versets 3 et 4 du Dhammapada décrivent la rancune qui se nourrit des torts qu’on se répète, et le verset 5 la manière d’en sortir. Les suttas cités ici prolongent l’idée : ne pas se disputer avec le monde, aimer tous les êtres pour n’avoir d’hostilité envers personne.

  • « On m’a injurié, on m’a frappé, on m’a terrassé, on m’a dépouillé ! » — Ceux qui se laissent aller à parler ainsi ne cessent point de haïr.

    Dhammapada 1:3 trad. Hû, 1878
  • « On m’a injurié, on m’a frappé, on m’a terrassé, on m’a dépouillé ! » — Ceux qui ne se laissent pas aller à parler ainsi, cessent de haïr.

    Dhammapada 1:4 trad. Hû, 1878
  • « Ce qui fait cesser ici-bas les haines, ce n’est aucunement la haine, mais bien l’absence de haine. » — Voilà un axiome vieux comme le monde.

    Dhammapada 1:5 trad. Hû, 1878
  • Ah ! vivons heureux, sans haïr ceux qui nous haïssent ! Au milieu des hommes qui nous haïssent, habitons sans les haïr !

    Dhammapada 15:197 trad. Hû, 1878
  • La victoire engendre la haine, car le vaincu ressent de la douleur. Celui qui vit en paix est heureux, sans plus songer ni à la victoire ni à la défaite.

    Dhammapada 15:201 trad. Hû, 1878
  • Membres monastiques, je ne me dispute pas avec le monde ; c’est le monde qui se dispute avec moi. Quand votre parole est conforme à l’enseignement, vous ne vous disputez avec personne dans le monde.

    Saṃyutta Nikāya 22.94, §1 trad. Ah-Mouck
  • Ne tuez pas ni ne causez d’autres à tuer, ne lancez pas de conquêtes ni n’encouragez d’autres à conquérir, avec la bienveillance pour tous les êtres, vous n’aurez d’inimité envers quiconque.

    Aṅguttara Nikāya 8.1, §7 trad. Ah-Mouck

Retenir sa colère : le cocher et le char

Le chapitre XVII, « La Colère », compare celui qui retient sa colère à un cocher qui maîtrise un char lancé, quand « le reste des hommes tient simplement les rênes » (Dhp 222). Le verset suivant donne la méthode : « C’est par la douceur qu’il faut vaincre la colère ; par le bien qu’il faut vaincre le mal ; par la libéralité, l’avarice ; par la vérité, le mensonge. » (Dhp 223)

  • Qu’on se débarrasse de la colère ! Qu’on se débarrasse de l’orgueil ! Qu’on secoue tous ses liens ! Celui qui n’a plus d’attachement pour « le nom et la forme », qui ne possède absolument rien, — celui-là, la douleur ne court plus après lui.

    Dhammapada 17:221 trad. Hû, 1878
  • Celui dont la colère s’est donné carrière, mais qui la contient comme un char en marche, — celui-là, je le dis un cocher. Le reste des hommes tient simplement les rênes.

    Dhammapada 17:222 trad. Hû, 1878
  • C’est par la douceur qu’il faut vaincre la colère ; par le bien qu’il faut vaincre le mal ; par la libéralité, l’avarice ; par la vérité, le mensonge.

    Dhammapada 17:223 trad. Hû, 1878
  • Dites la vérité ; ne vous mettez point en colère ; donnez, à qui vous implore, du peu que vous avez. À ces trois conditions-là, vous vous approcherez des dieux.

    Dhammapada 17:224 trad. Hû, 1878
  • « L’indulgence est l’austérité par excellence ; la patience, le Nirvâna par excellence », disent les Buddhas. Celui-là n’est pas un Pravarjita, qui fait du mal à autrui. Celui-là n’est pas un Çramana qui fait de la peine à autrui.

    Dhammapada 14:184 trad. Hû, 1878
  • L’éléphant dompté, on le mène au combat. L’éléphant dompté, le roi le monte. De même, parmi les hommes, le meilleur est celui qui s’est dompté, qui est insensible aux paroles injurieuses.

    Dhammapada 23:321 trad. Hû, 1878
  • Celui de l’âme duquel sont tombés la haine, l’orgueil et l’hypocrisie, comme tombe la graine de moutarde placée sur la pointe d’une aiguille, — celui-là, je le dis « un Brâhmana ».

    Dhammapada 26:407 trad. Hû, 1878
  • Celui qui est tolérant avec les intolérants, doux avec les violents, détaché de tout avec ceux qui sont attachés à tout, — celui-là, je le dis « un Brâhmana ».

    Dhammapada 26:406 trad. Hû, 1878

La non-violence envers tous les êtres

Les versets 129 et 130 du Dhammapada fondent la non-violence sur une comparaison simple : tous les êtres craignent la souffrance et tiennent à la vie, comme toi. Celui qui a pitié de tous les êtres, ajoute le verset 270, mérite seul le nom de noble (ariya).

  • Tout le monde tremble devant la violence, tout le monde tremble devant la mort. Qu’on fasse ce qu’on voudrait que fît autrui ; qu’on ne tue point ; qu’on ne fasse point tuer.

    Dhammapada 10:129 trad. Hû, 1878
  • Tout le monde tremble devant la violence, à tout le monde la vie est chère. Qu’on fasse ce qu’on voudrait que fît autrui ; qu’on ne tue point, qu’on ne fasse point tuer.

    Dhammapada 10:130 trad. Hû, 1878
  • Les êtres aspirent après le bonheur. Celui dont la violence ne les maltraite pas, goûte, après sa mort, le bonheur dont il était désireux pour lui-même !

    Dhammapada 10:132 trad. Hû, 1878
  • Les munis, qui ne font de mal à personne, qui maintiennent à jamais leurs corps dans la continence, arrivent à la demeure inébranlable d’où l’affliction est absente.

    Dhammapada 17:225 trad. Hû, 1878
  • On n’est point un Arhat parce qu’on fait du mal aux êtres animés. Celui qui est plein de compassion pour tous les êtres, — voilà celui qu’on appelle « un Arhat ».

    Dhammapada 19:270 trad. Hû, 1878
  • Celui qui s’abstient de toute violence à l’égard des êtres faibles aussi bien que des forts, qui ne tue point, qui ne fait point tuer, — celui-là, je le dis « un Brâhmana ».

    Dhammapada 26:405 trad. Hû, 1878
  • Celui qui, tout innocent qu’il est, endure les injures, les coups et les chaînes avec une patience égale à sa force, — celui-là, je le dis « un Brâhmana ».

    Dhammapada 26:399 trad. Hû, 1878
  • Une personne attentive qui développe une bienveillance illimitée affaiblit les fers, en voyant la fin des liens. Aimer avec un coeur sans haine même une seule créature fait de vous une personne sincère. Plein de sympathie pour toutes les créatures, une noble personne crée un abondant mérite.

    Aṅguttara Nikāya 8.1, §3-4 trad. Ah-Mouck

La parole juste, le blâme et la louange

Une parole dure revient vers celui qui l’a prononcée (Dhp 133). Ces versets invitent à parler sans rudesse, à regarder ses propres fautes avant celles des autres, et à relativiser reproches et compliments : « Il n’a point existé, il n’existera pas, et il n’existe point présentement d’homme uniquement blâmé, ou uniquement loué. » (Dhp 228)

  • Ne dis d’injures à personne : tes interlocuteurs te répondraient sur le même ton. Douloureux pour toi serait cet échange d’injures, car on te rendrait coup pour coup.

    Dhammapada 10:133 trad. Hû, 1878
  • Voici un vieux et incomparable dicton, qui n’est point d’aujourd’hui : « Celui qui est assis en silence, on le blâme ; celui qui parle beaucoup, on le blâme ; celui même qui parle avec mesure, on le blâme. Nul n’est à l’abri du blâme en ce monde ».

    Dhammapada 17:227 trad. Hû, 1878
  • Il n’a point existé, il n’existera pas, et il n’existe point présentement d’homme uniquement blâmé, ou uniquement loué.

    Dhammapada 17:228 trad. Hû, 1878
  • On n’est point un savant parce qu’on parle beaucoup. Celui qui vit en paix, qui est exempt de haine et de crainte, voilà celui qu’on appelle « un savant ».

    Dhammapada 19:258 trad. Hû, 1878
  • Celui qui fait entendre des paroles sans rudesse, instructives, vraies, à l’aide desquelles il n’injurie personne, — celui-là, je le dis « un Brâhmana ».

    Dhammapada 26:408 trad. Hû, 1878
  • Facile à voir est la faute d’autrui, difficile à voir la sienne propre. Les fautes d’autrui, on les fait ressortir le plus qu’on peut ; les siennes propres, en revanche, on les dissimule comme le tricheur dissimule le kali à son partenaire.

    Dhammapada 18:252 trad. Hû, 1878

Comment utiliser ces citations quand la colère monte

Dans le feu de la colère, une citation longue ne sert à rien. Garde l’image du cocher (Dhp 222) : au moment où tu sens la colère partir, retiens-la comme on retient un char, le temps de trois respirations, avant de parler ou d’écrire.

À froid, relis le premier groupe. Les versets 3 et 4 décrivent un mécanisme que chacun connaît : rejouer une offense nourrit la rancune. Note-la une fois si tu en as besoin, puis cesse de te la raconter. Retenir sa colère ne veut pas dire accepter l’inacceptable : tu peux poser une limite calmement.

Dans l’application Selfia, la voie Bouddhisme (Réglages › Spiritualité) propose des passages de textes bouddhiques dans une section séparée.

Questions fréquentes

Que dit Bouddha sur la colère ?

Dans le Dhammapada, la colère est d’abord une chose à retenir et à dépasser : le chapitre XVII lui est consacré et conseille de vaincre la colère par la douceur et le mal par le bien (Dhp 223). Les versets 3 à 5 ajoutent que la haine dure tant qu’on rumine l’offense, et qu’elle ne cesse que par son contraire.

D’où vient la phrase « la haine ne cesse pas par la haine » ?

C’est le verset 5 du Dhammapada, l’un des plus cités. Fernand Hû le traduit en parlant de « l’absence de haine », Max Müller en anglais par « hatred ceases by love », la haine cesse par l’amour. Le pali dit averena, « par la non-haine » : Hû reste au plus près du mot, Müller en donne le sens positif.

La non-violence est-elle centrale dans le bouddhisme ?

Oui. Le premier des cinq préceptes que suivent les laïcs bouddhistes est de s’abstenir de tuer, et le Dhammapada revient souvent sur le refus de faire du mal aux êtres vivants (versets 129 à 132, 225 et 405). Les versets 129 et 130 fondent ce refus sur l’empathie : tous les êtres craignent la souffrance et tiennent à la vie.