La méthode Coué : la formule exacte, la pratique et ce qu’il en reste
La méthode Coué est une technique d’autosuggestion mise au point par le pharmacien Émile Coué (1857-1926) : répéter vingt fois, le matin au réveil et le soir au lit, « Tous les jours, à tous points de vue, je vais de mieux en mieux ». Coué n’a jamais apporté de preuve contrôlée de ses effets, et ses promesses de guérison ne tiennent pas. Il en reste une intuition que la recherche a depuis précisée : la façon dont tu te parles compte.
Qui était Émile Coué ?
- Naissance
- 26 février 1857, à Troyes
- Mort
- 2 juillet 1926, à Nancy
- Métier
- Pharmacien à Troyes ; à partir de 1910, il se consacre à sa méthode à Nancy
- Influence
- L’école de Nancy et son étude de la suggestion : il rencontre le médecin Ambroise-Auguste Liébeault en 1886
- Livre
- La Maîtrise de soi-même par l’autosuggestion consciente, tiré d’une conférence, au début des années 1920
- Formule
- « Tous les jours, à tous points de vue, je vais de mieux en mieux. »
Émile Coué tient d’abord une pharmacie à Troyes. Il s’intéresse à l’hypnose et à la suggestion, alors très étudiées à Nancy, et finit par abandonner l’idée qu’il faut endormir quelqu’un pour l’influencer : il écrit qu’il a cessé de le faire après avoir constaté que ce n’était « pas indispensable ». En 1910, il quitte son officine et s’installe à Nancy, où il ouvre une « clinique libre » et anime des séances collectives pour enseigner sa méthode.
Au début des années 1920, son petit livre connaît un succès international. La Bibliothèque nationale de France conserve une « nouvelle édition » publiée chez l’auteur à Nancy en 1923, puis une édition de 1924 qui annonce le « 87e mille », et la traduction américaine de 1922 circule aux États-Unis sous le titre Self Mastery Through Conscious Autosuggestion.
La formule exacte : « Tous les jours, à tous points de vue, je vais de mieux en mieux »
On cite souvent la phrase de mémoire, avec de petites variantes. Dans le livre, elle s’écrit ainsi :
Tous les jours, à tous points de vue, je vais de mieux en mieux.
Coué insiste sur les mots « à tous points de vue » : comme ils s’adressent à tout, écrit-il, il est inutile de se faire des suggestions particulières. Une seule phrase générale remplace toutes les autres. La traduction américaine de 1922 la rend par « Every day, in every respect, I am getting better and better » ; la version qu’on cite le plus souvent en anglais, « Day by day, in every way, I’m getting better and better », en est une adaptation plus libre.
Un détail mérite l’attention : la formule ne dit pas « je suis guéri » ni « je suis parfait ». Elle parle d’un mouvement, « de mieux en mieux ». C’est, avant l’heure, ce qu’on appelle aujourd’hui une formulation pont : une phrase qui décrit un progrès plutôt qu’un état.
Qu’est-ce que l’autosuggestion consciente ?
Coué définit l’autosuggestion en une ligne : « Influence de l’imagination sur l’être moral et l’être physique de l’homme. » Pour lui, ce n’est pas la volonté qui mène nos actes, mais l’imagination, c’est-à-dire ce que nous nous représentons comme possible ou impossible.
Son exemple le plus connu est celui de la planche. Posée au sol, une planche de dix mètres de long sur vingt-cinq centimètres de large se traverse sans difficulté. Placée à la hauteur des tours d’une cathédrale, presque personne n’oserait s’y avancer, et « malgré tous vos efforts de volonté », écrit-il, on tomberait. La planche est la même ; seule change l’idée qu’on se fait de ce qu’on peut faire.
Il en tire quatre « lois », dont la première résume la méthode : « Quand la volonté et l’imagination sont en lutte, c’est toujours l’imagination qui l’emporte, sans aucune exception. » Il ajoute que la force de l’imagination serait « en raison directe du carré de la volonté », en précisant lui-même que ces expressions « ne sont pas rigoureusement exactes » et ne sont qu’une image. D’où sa règle centrale : ne jamais forcer. L’autosuggestion doit se faire « sans le moindre effort », sinon elle produit l’inverse de ce qu’on cherche.
Comment pratiquer la méthode Coué, selon son livre
Voici les consignes telles que Coué les donne, dans l’ordre.
- Choisis les deux moments. « Tous les matins au réveil, et tous les soirs, aussitôt au lit. »
- Ferme les yeux. Sans chercher à fixer ton attention sur ce que tu dis.
- Prononce la phrase avec les lèvres. Assez haut pour entendre tes propres paroles : pas seulement dans ta tête.
- Répète-la vingt fois. En comptant sur une ficelle munie de vingt nœuds, pour ne pas avoir à compter de tête.
- Garde un ton de litanie. D’une façon « aussi simple, aussi enfantine, aussi machinale que possible », sans le moindre effort.
- Dans la journée, au besoin, « ça passe ». Quand une gêne physique ou morale se présente, Coué conseille de s’isoler, de fermer les yeux, de passer la main sur le front (ou sur l’endroit douloureux) et de répéter très vite « ça passe, ça passe » aussi longtemps que nécessaire. Il promettait que la gêne disparaîtrait en une vingtaine de secondes : c’est son affirmation, jamais vérifiée.
Tu peux pratiquer cette routine telle quelle, par curiosité ou parce qu’elle te fait du bien. Garde simplement en tête ce qui suit.
La méthode Coué est-elle efficace ?
Coué n’a jamais mené d’étude comparative. Ses preuves sont des observations de patients et des lettres de remerciement, publiées à la suite de son livre. Or ce type de témoignage ne permet pas de distinguer l’effet de la méthode de l’évolution naturelle des troubles, de l’effet de l’attention reçue ou du charisme de Coué lui-même. Surtout, ses promesses médicales ne tiennent pas : il écrivait que « toute maladie, presque sans exception, peut céder à l’autosuggestion ». Rien ne permet de l’affirmer, et aucune phrase ne remplace un soin.
La recherche moderne n’a pas testé la méthode Coué en tant que telle, mais elle a étudié des pratiques proches.
- Répéter une phrase positive générale. En 2009, des étudiants à faible estime de soi qui se répétaient « je suis quelqu’un qu’on peut aimer » se sentaient moins bien ensuite (Wood et al., 2009). Deux études de 2020 n’ont retrouvé aucun effet, ni positif ni négatif (Flynn et Bordieri, 2020). Une phrase générale répétée semble donc avoir peu d’effet mesurable.
- Écrire sur ses valeurs. L’exercice d’auto-affirmation étudié par les psychologues a des effets petits mais mesurables sur le stress et certains comportements (Cohen et Sherman, 2014). Il diffère de Coué sur un point clé : il s’appuie sur des choses vraies et précises, pas sur une formule.
- Se parler autrement. Se parler en « tu » ou avec son prénom aide à prendre du recul avant une épreuve stressante (Kross et al., 2014). La façon dont on se parle compte : c’est sans doute ce qui reste de plus juste dans l’intuition de Coué.
Pour le panorama complet des études, vois notre guide sur les affirmations positives.
Que reste-t-il de la méthode Coué aujourd’hui ?
En français, l’expression « c’est la méthode Coué » est devenue péjorative : elle désigne une façon de nier la réalité ou de prendre ses désirs pour la réalité. C’est injuste pour une part de son œuvre, et juste pour une autre.
Ce qui reste utile, c’est la forme : une phrase courte, dite à des moments fixes, sans se forcer, et qui parle de progrès plutôt que de perfection. Ces trois idées rejoignent ce qu’on sait de l’habitude (un geste répété au même moment devient automatique, plus ou moins vite selon les personnes) et de la crédibilité des phrases. Ce qui a mal vieilli, c’est la promesse : l’idée qu’une formule suffit, qu’elle agit sur toute chose et qu’elle peut guérir. Une idée voisine, mais bien plus ambitieuse, a fait fortune depuis : celle d’une pensée qui attirerait les événements. Nous l’examinons dans notre guide sur les affirmations et la loi de l’attraction.
Une version crédible de la formule de Coué
Si la phrase de Coué te semble trop large, tu peux garder son esprit, un mouvement plutôt qu’un état, et le rendre plus concret. Quelques phrases de Selfia vont dans ce sens :
- Une petite victoire aujourd’hui peut suffire à relancer la suivante.
- Un progrès qui ne se raconte à personne reste un progrès.
- Les petits progrès ne font pas de bruit, et j’apprends à tendre l’oreille.
- Cocher une seule case aujourd’hui reste une case cochée.
Tu peux aussi écrire ta propre variante, par exemple : « Aujourd’hui, sur un point au moins, je peux aller un peu mieux. » Notre guide pour écrire ses affirmations donne la méthode. Et pour garder les deux rendez-vous de Coué, le matin et le soir, un rituel du matin aide à ancrer l’habitude ; les affirmations du matin et les affirmations pour dormir sont un bon point de départ, comme les affirmations courtes si tu veux une phrase qui se retient d’un coup.
Limites et précautions
- Ce n’est pas un traitement. Si tu as un problème de santé, physique ou psychique, la méthode Coué peut au mieux accompagner un soin, jamais le remplacer.
- Si la phrase te fait te sentir plus mal, arrête-la. Une formule qui sonne faux un jour difficile n’aide pas. Une phrase plus modeste fera mieux.
- Ne t’en sers pas pour nier un problème. « Je vais de mieux en mieux » ne doit pas t’empêcher de voir ce qui ne va pas, ni d’en parler.
Questions fréquentes sur la méthode Coué
La méthode Coué marche-t-elle ?
Aucune étude contrôlée ne l’a évaluée, et Coué n’a présenté que des témoignages. Les recherches sur des pratiques proches montrent que répéter une phrase positive générale a peu d’effet mesurable. Ses promesses de guérison ne reposent sur rien de démontré. Sa forme, une phrase courte à heures fixes, sans se forcer, reste en revanche une façon simple de prendre soin de son discours intérieur.
Combien de fois faut-il répéter la phrase de Coué ?
Selon son livre, vingt fois de suite, le matin au réveil et le soir au lit, les yeux fermés, à mi-voix et sans effort. Aucune étude n’a montré que ce nombre est meilleur qu’un autre : c’est la consigne de Coué, pas un résultat scientifique.
Pourquoi une ficelle à vingt nœuds ?
Pour compter sans y penser. Coué voulait une répétition aussi machinale que possible : faire glisser un nœud à chaque phrase évite de garder le compte en tête et laisse l’esprit au repos.
Que veut dire « c’est la méthode Coué » ?
Dans le langage courant, l’expression est péjorative : elle désigne le fait de se persuader que tout va bien, ou de prendre ses désirs pour la réalité. Elle vient du nom d’Émile Coué et de sa formule « je vais de mieux en mieux ».
Où lire le livre de Coué gratuitement ?
Coué est mort en 1926 et son texte est dans le domaine public. Le texte français de La Maîtrise de soi-même par l’autosuggestion consciente est en ligne sur Wikisource, et la traduction américaine de 1922 sur le Project Gutenberg (liens dans les sources ci-dessous).
Des phrases de progrès, au quotidien
Selfia reprend ce qu’il y a de meilleur chez Coué, des phrases courtes à des moments choisis, en laissant de côté les promesses. L’application réunit plus de 17 000 affirmations en français et en anglais, rangées par thème, avec des rappels que tu règles toi-même pour le matin ou le soir. Elle est gratuite sur Android.
Selfia n’est pas un dispositif médical et ne remplace pas un médecin ni un psychologue. Si tu traverses un moment très difficile, le 3114 répond jour et nuit, gratuitement. En cas d’urgence, appelle le 112.
Sources
- Coué, É. La Maîtrise de soi-même par l’autosuggestion consciente. Texte intégral sur Wikisource (d’après l’édition Renaudot, 1989).
- Coué, É. (1922). Self Mastery Through Conscious Autosuggestion. New York : American Library Service (Project Gutenberg).
- Bibliothèque nationale de France. Notice : La maîtrise de soi-même par l’autosuggestion consciente, nouvelle édition, Nancy, chez l’auteur, 1923.
- Bibliothèque nationale de France. Notice : La maîtrise de soi-même par l’autosuggestion consciente : conférence, nouvelle édition, 87e mille, 1924.
- Wikipédia. Émile Coué (dates, formation, installation à Nancy).
- Wiktionnaire. Méthode Coué (sens courant et péjoratif).
- Wood, J. V., Perunovic, W. Q. E. et Lee, J. W. (2009). Positive self-statements: Power for some, peril for others. Psychological Science, 20(7), 860-866.
- Flynn, M. K. et Bordieri, M. J. (2020). On the failure to replicate past findings regarding positive affirmations and self-esteem. Journal of Contextual Behavioral Science, 16, 49-61.
- Cohen, G. L. et Sherman, D. K. (2014). The psychology of change: Self-affirmation and social psychological intervention. Annual Review of Psychology, 65, 333-371.
- Kross, E. et al. (2014). Self-talk as a regulatory mechanism: How you do it matters. Journal of Personality and Social Psychology, 106(2), 304-324.