Affirmations et loi de l’attraction : ce qui marche vraiment

La loi de l’attraction affirme que tes pensées attirent les événements qui leur ressemblent. Aucune étude n’a mis en évidence un tel mécanisme. La recherche montre en revanche que rêver d’un résultat sans penser aux obstacles peut réduire l’effort, et qu’associer ton souhait, l’obstacle principal et un plan concret t’aide à avancer : c’est là que les affirmations deviennent utiles.

Qu’est-ce que la loi de l’attraction ?

La loi de l’attraction repose sur une idée simple : le semblable attire le semblable. Des pensées positives attireraient des événements positifs, des pensées négatives des événements négatifs. On la présente souvent avec un vocabulaire d’apparence scientifique (« vibrations », « fréquences », « énergie ») et un verbe à la mode : « manifester ».

L’idée vient du mouvement américain de la Nouvelle Pensée, à la fin du XIXe siècle. William Walker Atkinson lui consacre un livre en 1906, Thought Vibration or the Law of Attraction in the Thought World ; Napoleon Hill la prolonge avec Think and Grow Rich en 1937. Elle connaît un nouvel essor en 2006 avec le film puis le livre The Secret de Rhonda Byrne, qui résume la méthode en trois temps : demander, croire, recevoir.

Dans cette logique, les affirmations servent à « croire » : on se répète un résultat comme s’il était déjà acquis. C’est une idée différente de l’autosuggestion d’Émile Coué, son contemporain français, qui parlait de progrès (« de mieux en mieux ») plutôt que d’attirer quoi que ce soit (voir la méthode Coué). « Je suis riche. » « L’argent vient à moi facilement. » « J’ai déjà le travail de mes rêves. »

La loi de l’attraction est-elle prouvée scientifiquement ?

Non. Aucune étude n’a montré que des pensées agissent à distance sur les événements, ni qu’elles émettent une « fréquence » qui attirerait quoi que ce soit. En 2007, le chroniqueur Michael Shermer rappelait dans Scientific American que rien n’avait prouvé cette « loi », et en tirait la conséquence la plus dérangeante : si nos pensées attiraient ce qui nous arrive, les victimes de persécutions ou les malades seraient responsables de leur sort.

Cela ne veut pas dire que les pensées n’ont aucun effet. Elles en ont, mais elles passent par un chemin ordinaire : ce que tu penses change ce que tu fais, l’énergie que tu y mets et les occasions que tu saisis. Et c’est justement en étudiant ce chemin que la recherche a trouvé une surprise.

Ce que la recherche dit de la pensée positive : le paradoxe des rêves

Depuis les années 1990, la psychologue Gabriele Oettingen (université de New York et université de Hambourg) étudie ce qui se passe quand on rêve d’un avenir désiré. Ses résultats vont à rebours de l’intuition.

  • Perte de poids. Chez 25 femmes suivies pendant un programme d’un an, croire qu’on pouvait atteindre son objectif favorisait la perte de poids ; se faire des images positives de la réussite allait dans l’autre sens. Le pire résultat : des attentes pessimistes avec des rêveries positives (Oettingen et Wadden, 1991).
  • Recherche d’emploi. Chez 83 étudiants allemands en fin d’études, ceux qui rêvaient le plus positivement de leur entrée dans la vie active avaient, deux ans plus tard, envoyé moins de candidatures, reçu moins d’offres et gagnaient moins bien leur vie (Oettingen et Mayer, 2002). C’est une corrélation, pas une preuve de cause à effet, mais elle a été retrouvée dans d’autres domaines (examens, convalescence après une opération).
  • Énergie. Dans quatre expériences, imaginer un avenir idéal faisait baisser l’énergie, mesurée notamment par la pression artérielle, par rapport à des images neutres, négatives ou qui mettaient cet avenir en question (Kappes et Oettingen, 2011). Comme si le cerveau savourait déjà la réussite.
  • Humeur. Dans quatre études, les rêveries positives allaient de pair avec moins de symptômes dépressifs sur le moment, mais en prédisaient davantage des mois plus tard, jusqu’à sept mois (Oettingen, Mayer et Portnow, 2016).
  • Croyants de la « manifestation ». Dans trois études réunissant 1 023 personnes, plus d’un tiers adhéraient à l’idée qu’on peut attirer le succès par la pensée. Ces personnes se voyaient plus en réussite, mais étaient aussi plus attirées par les placements risqués et plus souvent passées par une faillite (Dixon, Hornsey et Hartley). Là encore, c’est une corrélation.
Rêver du résultat : ce que les études ont observé
ÉtudeParticipantsCe qui a été observé
Oettingen et Wadden, 199125 femmes, programme d’un anRêveries positives : moins de poids perdu ; attentes optimistes : davantage
Oettingen et Mayer, 2002Étudiants, diplômés, patients (quatre études)Rêveries positives : moins d’effort et de réussite ; attentes positives : l’inverse
Kappes et Oettingen, 2011Quatre expériencesMoins d’énergie après avoir imaginé un avenir idéal
Oettingen et al., 2016Adultes et écoliers (quatre études)Plus de symptômes dépressifs des mois plus tard
Dixon et al.1 023 personnes (trois études)Plus de placements risqués et de faillites chez les croyants
Wang et al., 2021 (méta-analyse)21 études, 15 907 personnesSouhait + obstacle + plan : effet petit à moyen sur l’atteinte des objectifs

Attentes ou rêveries : la nuance qui change tout

Ces études ne disent pas que l’optimisme nuit. Elles distinguent deux choses. Une attente, c’est juger qu’un résultat est probable, souvent parce qu’on a déjà réussi quelque chose de semblable. Une rêverie, c’est vivre en pensée le résultat comme s’il était là. Dans les travaux d’Oettingen, les attentes positives prédisaient plus d’effort et de réussite ; les rêveries positives, moins (Oettingen et Mayer, 2002).

Une autre étude va dans le même sens. Des étudiants de première année ont passé les jours précédant un partiel à imaginer soit la bonne note, soit la façon dont ils allaient réviser. Ce sont ceux qui imaginaient le chemin qui ont le plus révisé et obtenu les meilleures notes (Pham et Taylor, 1999). Le problème de la loi de l’attraction n’est donc pas d’espérer : c’est de s’arrêter à l’image de l’arrivée.

Le contraste mental et la méthode WOOP

Pour transformer un rêve en action, Oettingen propose le « contraste mental » : imaginer le résultat souhaité, puis l’obstacle qui, dans ta réalité d’aujourd’hui, se met en travers. Cet aller-retour a un effet intéressant : il renforce l’engagement quand l’objectif est atteignable et l’affaiblit quand il ne l’est pas, ce qui aide à choisir ses combats (Oettingen, Pak et Schnetter, 2001). Elle l’a résumé en quatre lettres, WOOP, pour Wish, Outcome, Obstacle, Plan.

  1. Souhait (Wish). Choisis un souhait qui compte pour toi, difficile mais à ta portée. Exemple : « demander une augmentation ce mois-ci ».
  2. Résultat (Outcome). Imagine le meilleur résultat et ce que tu ressentirais. Prends le temps de le voir. Exemple : « sortir du bureau soulagé, reconnu, avec un salaire qui correspond à mon travail ».
  3. Obstacle. Cherche l’obstacle principal en toi : une peur, une habitude, une pensée. Exemple : « quand le moment arrive, je repousse le rendez-vous parce que j’ai peur de paraître gourmand ».
  4. Plan. Écris un plan « si… alors… » : « Si j’ai envie de repousser, alors j’envoie la demande de rendez-vous avant midi. »

Les résultats sont encourageants sans être miraculeux. Une méta-analyse de 21 études réunissant 15 907 participants trouve un effet petit à moyen sur l’atteinte des objectifs (g = 0,34), peut-être un peu plus faible une fois corrigé un possible biais de publication (Wang, Wang et Gai, 2021). La dernière étape, le plan « si… alors… », s’appuie sur les intentions de mise en œuvre, dont une méta-analyse de référence a trouvé un effet moyen à fort (d = 0,65 ; Gollwitzer et Sheeran, 2006). Le site de la méthode, woopmylife.org, la présente en détail, et Oettingen l’a détaillée dans son livre Rethinking Positive Thinking (2014).

Comment utiliser les affirmations de façon utile, même si tu aimes la loi de l’attraction

Tu n’as pas à renoncer à tes souhaits ni à ton envie d’y croire. Garde le souhait ; change la phrase. Au lieu d’affirmer que le résultat est déjà là, affirme ce qui t’aide à faire le pas suivant ou à passer l’obstacle. Ton affirmation devient alors la voix de ton plan.

Du résultat rêvé au pas suivant
Affirmation « loi de l’attraction »Affirmation tournée vers l’action
L’argent vient à moi facilement.Après un mauvais mois, je refais mon budget au lieu de l’abandonner.
Je reçois l’augmentation que je mérite.Un refus d’augmentation ne m’empêche pas de reposer la question plus tard.
J’ai déjà le travail de mes rêves.Envoyer ce mail, c’est toute l’action qu’il me faut aujourd’hui.
Mon projet est déjà une réussite.Le fameux un jour devient souvent jamais ; je peux choisir une date.
J’attire l’abondance.Je m’autorise à vouloir beaucoup et à commencer petit, les deux à la fois.
L’univers m’apporte ce que je demande.« C’est écrit » m’épargne de choisir ; « c’est à écrire » me rend la plume.

Toutes les phrases de la colonne de droite viennent de Selfia. Tu peux aussi transformer directement ton plan WOOP en affirmation, courte comme les affirmations courtes de Selfia : « Quand j’ai envie de repousser, j’envoie la demande avant midi. » Pour d’autres exemples, vois les affirmations sur l’argent et l’abondance, les affirmations pour réussir et les affirmations pour la confiance en soi. Notre guide pour écrire ses affirmations donne la méthode pas à pas, et celui sur les affirmations positives fait le point sur toutes les études.

Les risques de la loi de l’attraction

  • La culpabilité. Si tes pensées attiraient ce qui t’arrive, chaque échec, chaque maladie deviendrait ta faute. C’est faux, et c’est lourd à porter.
  • Moins d’effort. Savourer la réussite en pensée peut réduire l’énergie que tu mets à l’obtenir, comme l’ont observé les études d’Oettingen.
  • Des décisions risquées. Chez les personnes qui croient le plus à la « manifestation », on observe plus d’attirance pour les placements risqués et plus de faillites. Le lien de cause à effet n’est pas établi, mais il invite à la prudence avec l’argent.
  • Retarder un soin. Aucune pensée ne remplace un diagnostic ou un traitement.

Questions fréquentes sur la loi de l’attraction et les affirmations

La loi de l’attraction fonctionne-t-elle ?

Aucune étude n’a montré que les pensées attirent les événements. Ce qui est établi, c’est que tes pensées influencent tes actes. Et sur ce terrain, rêver longuement du résultat a plutôt tendance à réduire l’effort, alors qu’associer le souhait, l’obstacle et un plan aide à avancer.

Les affirmations d’abondance et d’argent marchent-elles ?

Une phrase comme « l’argent vient à moi facilement » n’a aucun effet démontré sur tes revenus. Les affirmations qui peuvent aider sont celles qui lèvent un frein réel (oser demander, tenir un budget, ne pas confondre ton compte en banque et ta valeur) et qui t’amènent à agir.

La visualisation sert-elle à quelque chose ?

Oui, si tu visualises le chemin plutôt que l’arrivée. Dans une étude, des étudiants qui imaginaient leurs révisions ont davantage révisé et obtenu de meilleures notes ; c’est la visualisation du processus qui a fait la différence. Imaginer seulement le résultat peut au contraire faire baisser l’énergie.

Qu’est-ce que la méthode WOOP ?

C’est une méthode en quatre étapes conçue par la psychologue Gabriele Oettingen : Souhait, Résultat, Obstacle, Plan. Tu imagines ce que tu veux et le meilleur résultat, puis l’obstacle intérieur principal, et tu écris un plan « si… alors… ». Une méta-analyse de 21 études lui trouve un effet petit à moyen sur l’atteinte des objectifs.

Est-ce grave d’aimer la loi de l’attraction ?

Non. L’envie d’y croire dit souvent quelque chose d’important : un désir, un besoin d’espoir. Garde le souhait et l’élan, et ajoute ce que la recherche soutient : regarder l’obstacle en face et prévoir ton prochain geste.

Des affirmations qui parlent d’aujourd’hui

Selfia fait le choix inverse de la loi de l’attraction : des phrases qui reconnaissent ce qui est là et proposent un pas possible. Dans l’application, les phrases proposées à la communauté sont relues, et la relecture invite à éviter les promesses sur l’avenir (« tout ira bien ») comme le vocabulaire « univers, vibrations, manifester », pour dire plus simplement ce qui est là maintenant. L’application réunit plus de 17 000 affirmations en français et en anglais, rangées par thème. Elle est gratuite sur Android.

Selfia n’est pas un dispositif médical et ne remplace pas un médecin ni un psychologue. Si tu traverses un moment très difficile, le 3114 répond jour et nuit, gratuitement. En cas d’urgence, appelle le 112.

Sources

  1. Atkinson, W. W. (1906). Thought Vibration or the Law of Attraction in the Thought World. Livre audio du domaine public, LibriVox.
  2. Wikipédia (en anglais). The Secret (Byrne book) : film de mars 2006, livre de novembre 2006.
  3. Shermer, M. (2007). The (Other) Secret. Scientific American, 296(6).
  4. Oettingen, G. et Wadden, T. A. (1991). Expectation, fantasy, and weight loss: Is the impact of positive thinking always positive? Cognitive Therapy and Research, 15(2), 167-175.
  5. Oettingen, G. et Mayer, D. (2002). The motivating function of thinking about the future: Expectations versus fantasies. Journal of Personality and Social Psychology, 83(5), 1198-1212.
  6. NYU Stern (2014). Extrait du New Yorker sur l’étude des 83 étudiants allemands.
  7. Kappes, H. B. et Oettingen, G. (2011). Positive fantasies about idealized futures sap energy. Journal of Experimental Social Psychology, 47(4), 719-729.
  8. Oettingen, G., Mayer, D. et Portnow, S. (2016). Pleasure now, pain later: Positive fantasies about the future predict symptoms of depression. Psychological Science, 27(3), 345-353.
  9. Dixon, L. J., Hornsey, M. J. et Hartley, N. “The Secret” to success? The psychology of belief in manifestation. Personality and Social Psychology Bulletin, 51(1), 49-65 (en ligne en 2023).
  10. Pham, L. B. et Taylor, S. E. (1999). From thought to action: Effects of process- versus outcome-based mental simulations on performance. Personality and Social Psychology Bulletin, 25(2), 250-260.
  11. Oettingen, G., Pak, H. et Schnetter, K. (2001). Self-regulation of goal setting: Turning free fantasies about the future into binding goals. Journal of Personality and Social Psychology, 80(5), 736-753.
  12. Wang, G., Wang, Y. et Gai, X. (2021). A meta-analysis of the effects of mental contrasting with implementation intentions on goal attainment. Frontiers in Psychology, 12, 565202.
  13. Gollwitzer, P. M. et Sheeran, P. (2006). Implementation intentions and goal achievement: A meta-analysis of effects and processes. Advances in Experimental Social Psychology, 38, 69-119.
  14. WOOP, site officiel de la méthode de Gabriele Oettingen.
  15. Oettingen, G. (2014). Rethinking Positive Thinking: Inside the New Science of Motivation. Current (Penguin Random House).